Pourquoi identifier les destinataires ?
La connaissance des premiers destinataires d'un écrit est indispensable pour comprendre ses choix littéraires, son vocabulaire et ses objectifs. Un auteur adapte nécessairement son propos à ceux à qui il s'adresse : les références qu'il emploie, les explications qu'il donne ou omet, les préoccupations qu'il aborde, tout cela révèle son public.
Dans le cas du Récit de Mattiyahu, cette identification est particulièrement importante car le texte s'adresse à un public qui devait posséder une connaissance substantielle du Tanakh et de la pensée ibri.
Les indices fournis par le texte
Le texte lui-même fournit plusieurs indices permettant d'identifier son premier public :
| Indice | Observation | Implication |
|---|---|---|
| Fréquence des citations du Tanakh | Plus de 60 références directes ou indirectes | Un public familier du Tanakh est présupposé |
| Absence d'explications culturelles | Certaines pratiques ibri ne sont pas expliquées | Contrairement à Marqos, qui explique davantage |
| Usage de 'Malkuwt des Cieux' | Circumlocution évitant le Shem Qadosh | Usage courant chez les Yehoudim du premier siècle |
| Structure en cinq grands discours | Rappelle la structure de la Torah | Public connaissant la Torah |
| Généalogie d'ouverture | Part d'Avraham et Dāwīḍ | Ancrage dans l'histoire du peuple de Yisra'el |
Les principales hypothèses
Les données disponibles ont conduit les historiens à proposer plusieurs hypothèses concernant les premiers destinataires :
- ·Communauté de Yehoudim croyants. Hypothèse la plus largement défendue. Le texte présuppose une connaissance du Tanakh, des pratiques et des institutions du premier siècle. La structure du récit, ses formules caractéristiques et son vocabulaire renforcent cette hypothèse.
- ·Communauté mixte. Certains chercheurs proposent un public comprenant à la fois des Yehoudim et des non-Yehoudim, en raison de certains passages qui semblent s'adresser à un public plus large Matt. 28:19.
- ·Lieu géographique. Antioche de Syrie est fréquemment proposée comme lieu de rédaction ou de destination, en raison de son importance dans les premiers rassemblements. D'autres proposent Yehoudah ou Kapernahoum.
Leur contexte historique
Quel que soit le lieu précis, les premiers destinataires vivaient dans un monde marqué par la domination romaine, la présence du Beit HaMiqdash (au moins au moment des événements rapportés) et les tensions entre différents groupes au sein du peuple de Yisra'el.
Ils avaient grandi dans la lecture du Tanakh, pratiquaient le Shabbath et les Moʿadim, et connaissaient les institutions de leur époque — les Peroushim, les Tsedouqim, les Soferim. Les débats rapportés en Matt. 15 ou Matt. 23 présupposent un lecteur capable de comprendre ces réalités sans explication.
Les besoins auxquels Mattiyahu répond
- ·Établir la continuité entre les promesses du Tanakh et leur développement dans la venue de Yahushuʿaḥ.
- ·Montrer que Yahushuʿaḥ est le Mashiaḥ annoncé par les Ketubim Qadoshim du Tanakh.
- ·Transmettre les enseignements fondamentaux de Yahushuʿaḥ à des tal'midim qui doivent les mettre en pratique.
- ·Répondre aux questions et aux objections qui circulaient dans les premiers rassemblements.
- ·Fortifier les qehilot dans un contexte de tensions sociales et institutionnelles.
Conséquences pour la traduction
- ·Certains termes n'ont pas besoin d'être expliqués en note car les destinataires les comprenaient : Peroushim, Shabbath, Moʿed. La note de première occurrence suffit.
- ·Les citations du Tanakh doivent être identifiées avec soin, car elles constituent une part essentielle du message.
- ·Le vocabulaire ibri doit être restitué dans sa forme authentique, conformément à la Politique de Restauration des Noms et des Termes.
- ·Le style du récit — direct, structuré, riche en enseignements — doit être respecté dans la traduction.
Les données disponibles permettent de conclure avec un degré raisonnable de probabilité que les premiers destinataires du Récit de Mattiyahu étaient des Yehoudim croyants en Yahushuʿaḥ Ha'Mashiaḥ, profondément enracinés dans la culture et les Écritures ibri.
Ce qui est établi : le texte présuppose une connaissance approfondie du Tanakh. Ce qui est probable : un public de Yehoudim croyants en milieu urbain. Ce qui demeure discuté : le lieu précis et la proportion éventuelle de non-Yehoudim parmi les premiers lecteurs.